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Selliers de Camargue.

Première publication : 10 septembre 2008
mise en ligne : dimanche 26 octobre 2008

par Salvador

L’artisanat connaît un regain extraordinaire et c’est heureux.
Le travail manuel artisan semblait, pour certaines branches, tomber en désuétude. (...)

(Mise à jour le : 26 10 2008).


La bourrellerie par exemple, voyait son avenir s’assombrir mais la sellerie connaît une vogue qui s’explique.
Le cheval, « la plus belle conquête de l’homme » fut sans doute le premier moyen de locomotion. Pour chasser et explorer la forêt, et avec le radeau, l’ancêtre de nos paquebots, le cheval fut le moyen le plus efficace de prospection. Ce n’est que dans la deuxième partie du 19ème siècle et plus encore au 20ème siècle que le train, l’avion, les véhicules à vapeur et à explosion détrônèrent définitivement le cheval.
Cela est très récent et nos grands-pères parlent encore de la diligence et des trains de chevaux qui tiraient les péniches de halage sur les bords du Rhône.

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Jusque-là, et depuis des siècles et des siècles, voire des millénaires, le cheval permit de franchir des frontières, des continents, de décider du sort des grandes batailles.
Des légions romaines à la Grande Armée de Napoléon il fut le maître.
Pendant la guerre de 1914-1918, il joua encore un rôle considérable.
L’agriculture lui permit de survivre encore quelques dizaines d’années, mais un dernier cataclysme, la guerre de 1939-1945 et les années qui suivirent le virent relégué à de modestes besognes.
Dans nos villages, les têtes se comptent par unité. Le cheval de selle pour la promenade, la randonnée a remplacé en partie le gros cheval de trait.
Dans notre région, le cheval camargue se retrouve avec les taureaux.

Comment ces deux animaux sont-ils parvenus jusqu’à nous et dans le delta du Rhône ?

Toutes les hypothèses sont permises et qu’ils soient venus d’Asie à travers toute l’Europe ou qu’ils soient autochtones, ils restent des animaux rustiques, vivant à l’état sauvage et très près de ce qu’ils devaient être à l’origine.
Le cheval Camargue, comme le taureau, servait aux travaux de la ferme, au battage du blé, au labour peut-être. Depuis un siècle environ l’un est devenu auxiliaire de l’homme pour garder l’autre.

Le cheval Camargue est devenu l’instrument indispensable de nos bouviers.
Les premiers hommes enfourchaient leurs montures sans bride ni selle. Le premier rudiment de celle-ci dut être une peau. Les arçons et les étriers apparurent dès le 9ème siècle. Les arçons reliés entre eux par une pièce de bois puis métallique constituaient la première selle. L’habillage devint nécessaire et la bourrellerie était née. Les harnais, les selles, tout le travail du cuir était l’œuvre du bourrelier.

Mais l’évolution fut sans doute assez rapide car les seigneurs et leurs puissantes armures exigèrent des selles de plus en plus confortables, l’arçon devint plus haut. Le pommeau, comme le trusquin devinrent utilitaires et protégèrent l’animal.
Très rapidement, les selles furent très sophistiquées, l’homme devint de plus en plus exigeant. Les bourreliers devaient y consacrer de plus en plus de temps et s’il y eut la selle arabe, la selle anglaise, la selle française, la selle de femme, la selle piquée, il y eut la selle Camargue.
Les harnais disparurent avec le gros cheval et la sellerie devint une branche autonome de la bourrellerie.
La vannerie fine, de luxe, comme la sellerie de luxe a fait survivre un artisanat.
La selle gardiane est devenue un objet d’Art.
Au siècle dernier, Servière de Montpellier s’est rendu célèbre par sa confection.

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M. MISON, maître sellier, premier ouvrier de France avec la présentation d’une selle gardiane en 1961 s’est fait une réputation qui a dépassé nos frontières. Mas Thibert avait ses cabaniers mais aussi son atelier de sellerie. Son grand-père, son oncle étant bourreliers, M. MISON se mit au travail dès l’âge de 14 ans. Pour parfaire son apprentissage, il devint compagnon. Le travail du cuir n’eut plus de secret pour lui, mais c’est à la selle qu’il consacra tout son temps. Il se spécialisa, perfectionna la selle gardiane, y mit tout son talent et son cœur.

Le pommeau est très solide, collé, vissé, boulonné. Deux fers plats galbés à froid ou à chaud relient les deux arçons, le tout est posé sur une forme de « support en bois ».
Le pommeau est habillé et porte devant deux sacoches dans lesquelles les anciens mettaient la pharmacie pour soigner les bêtes et quelques menus outils.
Le trusquin est très habillé et la croupière se trouve derrière.
Les quartiers protègent les jambes et le siège épouse le dos du cheval et est très rembourré.
Le dos du cheval est une forme standard tandis que le siège du cavalier est fait sur mesure.
Les étriers ont la forme donnée par un autre grand artisan camarguais Gédéon BLATIERE.

L’ensemble est du cousu main, le fil est enduit de cire d’abeille, chaque selle est une œuvre dans laquelle le sellier a mis tout son cœur et dont il se sépare à regret. Il faut environ 100 heures pour la confectionner.
Le cuir est de première catégorie et différent suivant la partie de la selle à qui il est destiné. Pas de machine-outil mais des marteaux, des ciseaux, une équerre, un compas, l’abat-carre, des limes, un rembourroir, un fermoir, des emporte-pièce, des alênes, une pince à tenons, une perceuse à main ou électrique.

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L’atelier sent bon le cuir, la cire et l’atmosphère y est sereine. Pour M. MISON, son cousin Meffre et son gendre Kanellis, c’est une cabane gardiane très ajourée où il y a toujours quelqu’un du pays ou d’ailleurs pour venir discuter ou écouter de savoureuses histoires.
Sur la cheminée, un crochet, celui du raseteur Laplanche, là aussi, il y a eu une grande évolution, trois branches, trois dents.

M. MISON est devenu meilleur ouvrier de France en 1961. Il a reçu l’Ordre du Mérite pour services rendus à l’artisanat en 1963.
Médaillé des Arts, Sciences et Lettres en 1965.
Diplôme d’encouragement et dévouement en 1973.

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Toutes ces récompenses prouvent que dans notre région, l’artisanat est servi par quelques hommes qui veulent le maintenir au plus haut niveau. Les selliers camarguais grâce à M. MISON et quelques autres de Mas Thibert, St-Gilles, St-Laurent, Les Saintes, etc... ont acquis une réputation qui d’Allemagne, Belgique, Suisse est allée jusqu’en Amérique.
Si Meffre et Kanellis continuent, M. MISON après 53 ans de travail s’est arrêté, mais est toujours là. C’est un homme qui aime son pays, la Camargue, le taureau. A l’occasion, il sert de guide à ses visiteurs car il connaît le travail des manadiers et a participé à leur dur métier.
Il a fabriqué mais aussi utilisé la selle Camargue.

Ferronniers, vanniers, cabaniers, manadiers de taureaux ou de chevaux ; selliers, félibres, santoniers, mainteneurs de nos traditions portent bien haut le flambeau de la Provence, du Languedoc, de la Camargue.


P.-S.

Article de M. RANC, texte et photos, écrit en Septembre 1976.
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1 Le 11 septembre 2008 à 07:17, par Furet
Fernand Meffre ouvrier de Jean Mison a continué seul à la retraite de son pelot jusqu’à sa propre retraite, cette sellerie qui était dans une cabane de gardian, est complètement fermée, vous pouvez la voir à Mas Thibert, lorsque vous venez d’Arles et allez vers Port St Louis, dans Mas Thibert après le rond point 100 mètres plus bas juste au bord de la route à droite.
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2 Le 11 septembre 2008 à 09:14, par jacq30
Bravo salvador cest vraiment un plaisir de pouvoir te lire. A noter M Gédéon Blatière etait Cailaren d’origine est avait son atelier egalement au Cailar
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3 Le 11 septembre 2008 à 09:45, par Salvador

Jacq30, si la lecture de cet article te fait plaisir alors mon objectif est atteint !
Merci de le dire bras

Concernant Gédeon Blatière vous en saurez plus en lisant, sur ce site, l’article :
>>> croix (de Camargue) <<<

4 Le 11 septembre 2008 à 13:22, par Furet

Précisions au sujet de la sellerie J.Mison :
 il avait construit sa cabane atelier en 1952 ; il avait pris sa retraite en 1975, il nous a quitté en 1990.
 Son ouvrier Fernand Meffre a travaillé avec lui pendant 23 ans, lui même a pris sa retraite à l’âge de 62 ans en 1992.
 Faute de repreneur la sellerie est fermée

Note perso : quel dommage, quel gachi !

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5 Le 29 octobre 2008 à 09:53, par Simbèu
Au début de ma carrière d’instit, j’ai vécu un an (1969-70) dans la maison que l’on voit derrière la cabane sur l’avant dernière photo (couleur). J’ai eu le plaisir - et l’honneur - d’aller voir travailler M. Mison. Comme Furet, je regrette que ce soit fermé de nos jours.
6 Le 29 octobre 2008 à 12:45, par Furet
cette maison a l’arrière c’est celle ou réside son anciens ouvrier
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7 Le 31 octobre 2008 à 07:49, par Simbèu
La dame qui m’hébergeait à l’époque avait une parenté avec la famille des manadiers Saurel (lou Panard et lou Gnoco). Elle a dû décéder dans les années 1980-90.


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