
EXTRAIT du LIVRE : « Ce taureau est un bacélaire... »
Bacéler, c’est taper.Les lavandières maniaient le bacel , le battoir
le forgeron bacèle sur l’enclume avec son marteau.
Le taureau barricadier bacèle, il tape durement dans les planches de la contre-piste qu’il escagasse. Il démolit tout sur son passage. En faisant cela, « tanben, il s’amalugue » Autant, il se blesse sévèrement.
Parfois il s’étourdit, il s’ensuque.Avant la sortie de tels taureaux, il n’est pas rare que des bruits de coups proviennent du toril. « Tu l’entends bacéler, celui-là ! »
Certains taureaux michiantas (très méchants) et calus (fous) bacèlent dans les planches sans même la provocation d’un raseteur. Les taureaux bacélaires ne sont pas nécessairement les plus craints par les raseteurs, mais ils sont très spectaculaires. Ils impressionnent beaucoup les enfants et les nouveaux venus à la course camarguaise.
Certains vieux afeciounas se " bardent " de les voir à l’œuvre, même s’ils ont assisté à des milliers de courses.
De tels biòus mettent une grosse ambiance sur les gradins. C’en pourquoi ils passent généralement en dernier dans l’ordre de le course.
Aux taureaux qui bacèlent, une partie des spectateurs préfèrent les "cocardiers", taureaux "intelligents" qui calculent leurs coups.On retrouve dans une certaine mesure le clivage du public des courses espagnoles, entre toréristes et toristes. En simplifiant, les premiers privilégient le spectacle, alors que les seconds s’intéressent en priorité au taureau et à son combat.

ENTRETIEN par Catherine MILLE (tiré de M-L).
Votre nouveau livre évoque le vocabulaire des arènes...
Je pensais au départ travailler sur un livre léger, amusant, avec quelques mots et quelques dessins. Mais finalement, en relevant des mots entendus dans les arènes, lieu où le langage méridional est le plus perceptible, j’ai pris conscience de la richesse de ce fonds culturel. Etant un peu obsessionnel, je me suis pris au jeu et au lieu de trente mots, j’en ai recueilli près de deux cents. Et ce que je croyais expédier en six mois m’a pris quatre ans...Quatre ans à laisser traîner vos oreilles dans des arènes ?
Je ne suis pas allé exprès aux arènes puisque j’y vais régulièrement, avec une cinquantaine de courses par saison. J’ai un carnet pour noter ce que j’entends. Je parle avec les gens autour de moi...Les mots employés diffèrent-ils d’une arène à l’autre ? Tous les mots ne sont pas utilisés partout, mais ils sont en général compris partout. Ainsi, le mot pétélègue , au sens de vivacité, qu’on entend si souvent dans les villages du Sommiérois semble peu utilisé à Nîmes.
Une expression comme apétégué , entendue à Châteaurenard, n’est guère employée sur les berges du Vidourle. Mais il y a un fond commun culturel, un patrimoine linguistique à préserver. La course est un domaine où ce vocabulaire est resté très présent, pour la bonne raison que les situations, très précises, sont intraduisibles en français.Les mots sont expliqués et étayés d’exemples, avec une-large place pour les dessins...
J’ai fait appel à Patrick Ouradou, dit Péo, un de mes anciens élèves avec lequel j’avais déjà travaillé sur mon livre sur la rumeur de Nîmes. On a voulu des dessins décalés, humoristiques. Le livre a été relu par la conteuse occitane Lise Gros, qui m’a conseillé de rajouter un petit lexique à la fin, pour que la lecture des textes reste un plaisir accessible à tous.Qu’espérez-vous avec ce livre ? J’espère que les plus âgés se régaleront de retrouver certaines expressions. Peut-être se régaleront-ils avec leurs enfants et que cet ouvrage participera à la transmission... C’est un livre qui rappelle Des platanes... pour lequel j’ai eu un retour du public extraordinaire. Je pense aussi que les gens m’apporteront des mots, des expressions que j’ai pu oublier. Je suis allé chercher des mots dans les arènes, maintenant, les mots vont venir à moi...
Ce livre parait à compte d’auteur.
Il est vendu 15 €.
Pour tout renseignement complémentaire, vous pouvez joindre l’auteur sur :
René Domergue
