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Une abrivado tragique. (il y a bien longtemps)

Pour que rien ne s’oublie... (NdW)

lundi 17 mars 2008

par Salvador

Par Jean-Claude Dufau.


L’histoire que je vais conter est tragique. Elle a eu pour cadre, il y a bien longtemps, le village d’Aubais et je l’ai découverte dans le magnifique ouvrage " La Camargue de Baroncelli ".

Histoire tragique car il y eut mort d’homme et dont l’origine a trait à la tradition :

"Jamais un gardian ne gardera sa veste sur le dos pour mener une abrivado car ce serait faire injure aux gens du village en leur signifiant qu’il n’y aura pas besoin de mouiller la chemise, que l’on peut garder la veste car les piétons n’auront pas assez de courage pour faire échapper les biòu !"

Or donc, un 14 juillet il y avait abrivado à Aubais et la veille un gardian nommé "Boit au Baril" avait déclaré au café : " Je gage que nous monterons enfermer la course au haut du village sans quitter la veste ".
Les aubaisiens décidèrent de relever le pari. Il faut dire que pour qui connaît la montée d’Aubais, avec un virage à angle droit au bout de la montée, ils leur était facile de créer des difficultés aux cavaliers.
Pour l’abrivado, lui et compagnons avaient revêtu la veste et ils le payèrent très cher.

Plusieurs fois la foule les repoussa au pied du fameux Château. C’en était trop, les chevaux étaient épuisés ! " Boit au baril " décida que coûte que coûte ils passeraient et lançant le dompteur dans une charge effrénée, il ’élança.

Tout se passa bien jusqu’au fameux virage qu’ils abordèrent à fond de train, lorsqu’une bande de jeunes gens sautèrent au mufle des taureaux. Ce fut une mêlée générale.
" Boit au Baril " réussit à se dégager de la horde mais le cheval de son compagnon, Casimir, fit un écart, bascula presque complètement dans le vide tandis que le gardian tentait de sauter de la monture. Hélas il eut un pied pris dans l’étrier.
Le " Matelas " allégé se éleva rapidement et repartit à la suite des bœufs mais le pauvre Casimir fut traîné par le cheval qui ruait et se brisa la tête sur les calades de la rue et ce fut un corps sans vie que les aubaisiens relevèrent tandis que le" Matelas " enfermait à lui seul toute la course.
Et la foule menaçante s’en prit à " Boit au baril " en lui criant : " Tu la quitteras la veste gueusard ! une autre fois !"

C’était à Aubais, il y a fort longtemps. A Aubais, où l’on maintient en août la tradition des arrivées et des courses au " Plan ". On y est toujours aussi passionné, mais ]e drame survenu autrefois en cette montée toujours aussi dure à gravir est bien oublié.
Seuls quelques anciens s’en souviennent encore !

Ainsi va la vie dans le monde de la bouvine comme ailleurs...


P.-S.

Article paru dans C.M. de juillet 1987
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1 Le 17 mars 2008 à 10:48, par badau

On peut retrouver cette histoire dans une nouvelle publication bilingue des écrits du Marquis :

Raconte camarguen (Récits camarguais) / Folco de Baroncelli / l’Aucèu libre (Paris) - 2005 (2e édition) / 115 pages, 10x17,5 cm / ISBN 2-9520530-1-4 : 12 Euros

Edition soignée : papier, illustrations...faible tirage, d’où le prix !

Je fais un peu de pub car on ne trouve pas ces livres sur les libraires en ligne, librarié de la telo lol , donc passer pas un libraire et peut-être par un qui a un rayon régional car le réseau de distribution des petits éditeurs est opaque.

Les autres :

- Raconte avignounen : Récits papalins / Folco de Baroncelli (1869-1943), Auteur ; Solange Guiffrey (1932-....), Illustrateur . - Paris : l’Aucèu libre, 2006 . - 1 vol. (74 p.) : ill., couv. ill. ; 18 cm. ISBN : 2-952053-08-1 : 12 EUR la couv. porte en plus : "souto la tiaro d’Avignoun" ; Langues : Français Langues originales : Provençal

- Lou Biòu / Paris : l’Aucèu libre

- Babali / Paris : l’Aucèu libre

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2 Le 17 mars 2008 à 21:42, par vauverdois

Il faudrait peut être envoyer cette histoire à certains (neo)manadiers qui croient se distinguer en gardant leurs vestes.
Même un concours ne doit pas être fait en veste.
A-t-on déjà vu un travailleur manuel mettre une cravate ?

A part par mauvais temps - je pense à certaines fêtes d’Aigues Mortes ou de Gallargues - le port de cet accessoire est interdit par nos traditions.

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3 Le 21 mars 2008 à 14:09, par Estello Marino

J’ai lu quelque part une histoire semblable mais moins tragique.
Je ne me rappelle pas des détails ni de la manade mais peut-être que quelqu’un pourra compléter.
A Tarascon, le gardian a refusé de tomber la veste et le curé a dû le faire rentrer dans l’église pour qu’il puisse échapper aux pavés lancés par les Tarasconnais, si je me souviens bien...
C’est la première et dernière fois qu’un cheval est entré dans l’église.

Je rechercherai la source pour confirmer, mais je suis sûre d’avoir lu qu’il était bel et bien rentré à cheval dans la collégiale.

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4 Le 21 mars 2008 à 14:13, par Salvador

bras Estello Marino bras,
ravi de te revoir parmi nous !

Je suis certain que tu trouveras tes sources et que, comme toujours, nous aideras à maintenir cette mémoire du "Peuple du Taureau".

A te lire.

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