l’association "Les Amis du Musée taurin à Nîmes" a réuni dans le théâtre de l’Odéon 200 personnes (environ) venues débattre sur le thème "Le Salaire de la peur".
Difficile à évaluer mais l’assistance devait être répartie en 2/3 d’aficionados et 1/3 d’afeciouna.
Tous, même avant de commencer, avaient hâte d’en parler et la tertulia commença dans le vestibule...
La réunion s’est déroulée en trois parties :
1 La peur en tauromachie
2 Le salaire des acteurs
3 Questions diverses
Sur l’estrade, entourant Jacques Boyer président de l’association, qui a dirigé les débats avec expérience, connaissance et fermeté, on trouvait :
Jacques Boyer
Juan Bautista
Chinito
Richard Millian
Sabri Allouani
Jacky Siméon
Bernard Fesquet
Roger Pattus
1ère partie : "La peur en tauromachie"
J ; Boyer choisit de commencer le tour de table avec la question : "Pourquoi êtes-vous plus torero que raseteur ou le contraire ?"
Les participants donnent le ton, certains se livrent d’autres esquivent...
Pour Allouani c’est "ce qui se faisait au village", Juan Bautista "c’est de famille", pour Richard (et non Robert comme il a été annoncé) Millian c’est une promotion sociale, Chinito "par goût et par passion"...
Quand le chapitre de la peur est abordé, tous reconnaissent la ressentir avant le combat mais dès que celui-ci est commencé, elle disparait (sauf cas très particuliers) et la lucidité prend le dessus.
C’est Chinito qui en parle avec le plus de pudeur "La peur est quelque chose de personnel, chacun la ressent à sa manière" mais c’est l’inénarrable R. Millian, aussi à l’aise avec un micro devant un parterre d’auditeurs qu’avec une cape sur le sable des arènes, qui la "décortique" le mieux :
"Il y a plusieurs sortes de peurs, pour moi qui suis issu d’un milieu modeste, j’avais la peur de mal faire, de décevoir le public qui avait payé pour entrer, et perdre des contrats.
J’avais peur dans le tunnel, en attendant le moment... et puis il y a la peur du taureau. Cet animal massif qui entre dans l’arène pour tuer.
Mais celle que je redoutais le plus, c’était la peur du ridicule en perdant mes moyens".
2ème partie : "Le salaire des acteurs"
Sujet délicat s’il en est.
Bernard Fesquet s’exprime le premier, donne quelques détails "techniques" (que j’ai oubliés...) sur la rémunération des rasibles, tout en précisant que certains n’ont pas besoin d’exercer une activité professionelle.
C’est Jacky Siméon qui remet les choses en place : "Je n’aime pas parler d’argent en public, cela ne regarde pas les autres. Par contre j’ai agi et je continuerai à le faire, pour qu’il n’y ait pas de raseteur, star à son époque, qui finisse son existence dans le besoin."
Constructif, non ?
Richard Milian souligne l’avancée dans la protection sociale, pour sa corporation, que represente leur statut d’artiste.
Il n’en est pas de même pour les tenues blanches qui elles, pratiquent un sport et sont amateurs.
Lorsque la comparaison vient sur le torero et le raseteur, Chinito demande de ne pas oublier que le torero se doit d’avoir une cuadrilla autour de lui et qu’il doit la rémunérer.
Avec sagesse, il raconte l’anecdote survenue avec un des ses apoderados. "Je venais de toréer à Madrid, Valencia, Palavas. J’étais en train de m’habiller pour combattre à nouveau et X... me dit : je viens de faire les comptes et d’après le bilan, tu me dois tant d’argent. La peur du bilan, encore une !"
C’est lui aussi qui, en abordant la situation des toreros retraités nous dit : "Moi, je n’ai rien mis de côté. Je l’ai flambé avec mes proches. Il faut dire que nous, les toreros, quand la corrida est finie et qu’elle s’est bien passée nous avons tendance à fêter le fait que nous soyons encore là".
Phrase qui en dit long sur la peur ressentie et dont il n’avait pas voulu parler en 1ère partie.
3ème partie : "Questions diverses"
Roger Pattus leur a demandé s’ils pensaient, maintenant que la plupart ont arrêté, si pour la gloire risquer sa vie en valait la peine ?
Tous nous disent que la gloire n’est qu’un passage, que le véritable moteur est la passion.
Au fil des questions nous apprenons ce que mange Sabri avant une course, que pendant la corrida il arrive à Juan Bautista (un peu absent du débat, se situant "ailleurs"...) de boire du Coca...
Après plus de deux heures de débats dont l’intérêt n’a pas baissé un seul instant, Jacques Boyer remercie tout le monde et clôt la conférence en souhaitant qu’elle se renouvelle.
Qu’elle se renouvelle, oui !
Car entendre s’exprimer avec sincérité, en se livrant comme ils l’ont fait sur le sable des arènes, tout comme le commun des mortels (si j’ose dire) ces hommes de l’art, nous permet de nous rapprocher, modestement, d’eux et de mieux apprécier leur courage et leur savoir-faire qui nous enchante.
Osco !
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