vendredi 28 juillet 2006
par André DUPUIS
Je crois que c’est en 1928 que je découvris les chevaux de Camargue.
J’avais à peine cinq ans à l’époque et j’étais tombé en extase devant plusieurs montures de gardians rassemblées sur la grande place des Saintes.
Ce fut un peu comme une fascination et j’allais d’un cheval à l’autre contemplant leurs yeux mi-clos et leurs naseaux de velours gris.
Mais ce qu’on peut réellement qualifier de " Révélation " ne se manifeste que durant la guerre de 40 quand je vis évoluer en toute liberté les " rosses " du Marquis.
Lorsqu’à la tombée de la nuit, elles venaient s’abreuver dans le Petit Rhône, on avait plaisir à les regarder en écoutant le silence, en humant les odeurs d’amertume.
Certes, ce fut aussi en menant plusieurs mois durant la vie gardiane qui était encore de ce temps là des plus attachantes et des plus vraies.
Il fallait voir l’écurie du mas du Simbèu ou celle de l’Amarée au matin d’une ferrade où à la veille du départ pour l’estivage dans les prés du Cailar.
C’était aussi un moment privilégié celui que nous vivions avant d’aller trier les bêtes d’une course ou d’une abrivado.
Les chevaux sellés, bien alignés, qui se ressemblaient tous, attendaient patiemment l’heure du pied à l’étrier. Le cheval du baile devant la Cabane de Sagno somnolait sans un mouvement, un trident posé en travers de la selle, le postérieur droit replié sous lui et posé sur la pointe du sabot.
Puis, au signal du manadier, la petite troupe se mettait en route en direction de la Valette ou du Clos de la Barque ; alors aussitôt nos chevaux prenaient l’entrepas " en fasènt pesa li narro " (en faisant souffler leurs naseaux ".
Braves petits Camargues qu’êtes-vous devenus, vous qui nous avez si bien servis ?... Les vers de Farfantello qui était alors des nôtres me reviennent à l’esprit :
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