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Le simbèu, un taureau aussi important qu’un cocardier

Première publication : octobre 2000
mise en ligne : lundi 11 mars 2002

par Karine - FFCC

Dans une manade, on parle essentiellement des cocardiers car ce sont eux qui sont en haut de l’affiche et quelquefois des vaches car c’est grâce à elles que la manade se perpétue. Cependant, un nom manque à la liste : le simbèu. Eh oui, il ne faut oublier en aucun cas le simbèu. En effet, ce taureau habillé d’une cloche autour du cou a de multiples fonctions et facilite le travail en manade.


Son rôle

Lors d’une course, une fois le quart d’heu­re achevé ou dès que le taureau se trouve dépourvu d’attributs, le cocardier doit réin­tégrer le toril. Toutefois, il arrive que cer­tain bioù refuse et préfère rester en piste. Le manadier a alors recours au simbèu, c’est-à-dire qu’il envoie en piste ce taureau à cloche tintante pour montrer à son congénère le chemin à suivre jusqu’au toril.

En manade, son rôle est de guider sur le pays. Quand les manadiers trient, le sim­bèu aide également. Il est trié en premier puis lorsque les autres bêtes se détachent du troupeau, il les dirige vers le char. Dans le char, il calme le taureau, ce qui facilite l’encocardement.

photo Karine Roux
le simbèu doit faire rentrer le taureau dans le toril

Son éducation

Le simbèu apprend son métier sur le tas ; plus il travaille, mieux il intériorise son rôle. Bien souvent, le manadier envoie un ancien simbèu avec la nouvelle recrue afin que ce dernier comprenne ce qu’on lui demande.

Certains manadiers se livrent à l’attente au fer. Cette pratique consiste à éduquer le simbèu. Un ou deux gardians se placent en face du taureau, armés d’un trident. Ils le pointent droit vers le simbèu et attendent qu’il fonce dessus. Cet acte, à pre­mière vue barbare, a pour objet de mon­trer au simbèu qu’il faut craindre l’homme ; ainsi "il s’en méfie et obéit dès qu’il le voit" disent Lucien et Gilles Palix de la manade L’Amista.

Pour d’autres, l’attente au fer n’est pas une obligation. Ils y ont recours "unique­ment si c’est nécessaire" confesse Guillaume Granchi de la manade Lafont.

Ce choix de la faire ou non dépend des qualités du bioù c’est-à-dire qu’ils peuvent "s’en servir au début pour corriger le tau­reau mais la pratiquer systématiquement reviendrait à dire qu’il n’est pas fait pour être simbèu" affirme Richard Gilly de la manade Bon.

Sa carrière

Chaque taureau est essayé en course. S’il ne fait pas l’affaire, une nouvelle carrière s’offre à lui celle de simbèu.

Pour le choisir, le manadier observe le troupeau et repère les bêtes qui réintègrent le toril du bouvaou sans problème, celles qui passent les portes les premières.

Il doit également répondre à certains cri­tères. Tout d’abord, la condition sine qua non est qu’il craigne l’homme, "il doit être fuyard" édicte Pascal Mailhan.

Puis, il doit "être maniable et exécuter les ordres" déclare Patrick Riefa de la manade Guillerme.

Ensuite, "il doit être doté d’une certaine intelligence" confie René Sol de la manade Bon, "c’est-à-dire qu’il doit écou­ter, regarder et comprendre rapidement ce qu’on lui demande".

Cependant, "certains simbèus sont bons dans le pays mais pas dans une arène et vice versa ; en manade, il est nécessaire qu’il soit calme tandis qu’en course, il est préférable qu’il soit effrayé" avoue Patrick Laurent.

Tri à la manade Jacques Bon

photo Karine Roux Chez Jacques Bon, le simbèu est roi. La manade en possède 8. Six d’entre eux sont réunis dans un même clos prêt au travail.

Tout d’abord, les gardians pénètrent dans le clos et "poussent" les simbèus pour atteindre les cocardiers.

Le clos des taureaux se trouve en face de la manade ; par conséquent, pour y par­venir, ils doivent traverser la route. Pour ce faire, certains chevaux se tiennent sur le devant afin de montrer le chemin puis les autres se placent de sorte que les bioùs soient encadrés. Cela se fait sous la forme d’une abrivado.

Puis, une fois la route traversée, il faut aller chercher les cocardiers. Donc, deux ou trois gardians gardent les simbèus à un endroit pendant que leurs collègues trient. En terme camarguais, on dit que les simbèus "aplantent" c’est-à-dire qu’ils restent sur place et attendent leurs congénères.

Dès que les cocardiers sont triés, il faut réintégrer la manade. Le retour s’effectue tout comme l’aller, autrement dit en abri­vado sur la route. A noter que l’ensemble des manoeuvres se passent au pas. Arrivé à "l’embarcadère" c’est-à-dire à l’endroit où se positionne le char pour embarquer, il faut trier le simbèu qui accompagnera en course. Le tri se réalise alors à la voix, le gardian prononce le nom du simbèu et ce dernier se détache du lot.

Lorsque le tri est terminé, les autres sim­bèus sont ramenés dans leurs clos, prêts pour la prochaine sortie. Le rôle du simbèu est multiple. Dans la manade Bon, il est avant tout un "collaborateur" qui donne la main aux gardians, aussi bien en piste, en pays que dans le char, il est considéré comme "un accompagnateur" chez la manade Guillierme et comme "une aide aux gardians" chez Lafont. Autant de spécificités différentes qui prouve que même si le simbèu est peu reconnu et reste bien souvent dans l’ombre aux yeux des spectateurs, il demeure tout de même sous les projecteurs dans la manade.


P.-S.

Texte et photos : Karine Roux - publié dans la Fe di Biòu - n° 40 - Octobre 2001
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Il y a 1 réaction(s) à l'article "Le simbèu, un taureau aussi important qu’un cocardier".

1 Le 13 avril 2002 à 19:38, par badau

Une remarque sur cet intéressant article, l’insigne de fonction du simbèu est ce qu’on appelle une sonnaille (pièce d’acier forgé, comme sur la photo), l’usage d’une cloche (pièce moulée) est plus rare !

Bon ! tout ça pour promouvoir la diversité du vocabulaire.

" Sonnailles des troupeaux de chevaux et de boeufs, tantôt retentissantes et sonores, tantôt diminuées " (A. Daudet). ;)

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