Le chemin de ses parents ne croisait pas la course camarguaise. Un père régisseur en Camargue, une mère historienne spécialisée dans les relations judéo-chrétiennes. Un frère compagnon au Vietnam, un autre oenologue à Banyuls et puis Hadrien - avec un H s’il vous plait - un hommage de sa mère à Marguerite Yourcenar pour « Les mémoires d’Hadrien ». Hadrien Poujoi, le raseteur qui ne veut pas jouer l’éternel second.
L’ambition et la rage de vaincre chevillées au coeur, le gaucher dessine sur le sable des arabesques dignes d’un grand styliste. Il a dit qu’il héritait du tempérament battant de sa mère et du jusqu’au-boutisme de son père.
Hadrien, il l’avoue, est un mauvais perdant qui se soigne. A vingt ans, en 2003 il a gagné sa première cocarde d’Or. En 2004, deuxième victoire arlésienne. Il a vingt et un ans. En 2005...
Midi Libre : Cette année vous avez gagné la Cocarde d’Or mais vous avez perdu la Palme d’Or...Un regret ?
Hadrien Poujol : C’est vrai que j’aurais aimé confirmer avec la Palme. En fait, je l’ai perdue au premier taureau de la finale. A droite « Veran » était un bonbon et puis « Gaulois » m’a zappé complet. D’ailleurs il est passé au travers. Bon, tout de même gagner la Cocarde d’Or pour la deuxième fois à 21 ans, c’est beau, non ?
MD : Et le Trophée des As ?
HP : Rien n’est jamais joué... J’espère mais on n’est jamais à l’abri d’une blessure.
MD : Raseter pour gagner ou pour se faire plaisir ?
HP : Quand on se fait plaisir et qu’on fait plaisir au public, on lève... Des rubans çà vient tout seul !
MD : Comment avez-vous découvert les taureaux ?
HP : Mon père travaillait dans un mas où il s’occupait de taureaux espagnols. Ensuite tout est allé très vite. Adolescent, je ramassais les verres dans le bar d’Eric Jourdan, mon oncle, pendant la fête de Saint-Just, en même temps je m’amusais avec les vaches sur le plan. Quelque temps après, ma mère qui ne voulait pas entendre parler de raseteur dans la famille, est partie six mois en Israël pour raisons professionnelles, mon grand-père m’a inscrit à l’école taurine de Fourques et quand ma mère est revenue c’était trop tard, j’étais en première présélection. Elle aurait aimé que je poursuive mes études mais après le bac j’ai définitivement choisi les taureaux.
MD : Avez-vous un plan de carrière ?
HP : Je le gère au jour le jour, week-end après week-end. Pour l’instant je suis toujours second mais...
"Une vie sans taureau, c’est inimaginable..."
MD : Qu’est-ce qui vous fait courir ?
HP : L’envie de gagner... Le contact avec le taureau c’est super comme sensation. Quand les gens se régalent c’est extra.
MD : Lors des rasets vous interpellez le taureau par son nom en lui disant "Viens, viens"
HP : Les manadiers disent qu’en appelant le taureau par son prénom on a plus de chance qu’il vienne et puis ça
donne confiance et crée une complicité.
MD : Cette année une meilleure ambiance semble s’être installée en piste...
HP : Et ça se ressent sur les gradins. Nous avons pris conscience qu’il fallait se respecter mutuellement. Allouani à mes yeux c’est le meilleur mais il a 26 ans et moi 21... J’ai du temps, je lui fais de l’ombre depuis deux ans, la saison est encore longue...
MD : Vous pourriez vivre de la course camarguaise mais vous avez choisi de travailler ?
HP : Je suis employé municipal à Vauvert. Je m’occupe de Gallician. Je travaille car cela remet les choses en pla- ce. On a des obligations, on mène une vie normale. Vivre des taureaux, et faire la fête, ça n’a qu’un temps...
MD : A la Palme d’Or vous avez fait un raset à droite. C’est facile ?
HP : C’est la première fois que je le fais et en plus j’ai levé...
MD : Qu’est-ce qui vous a donné cette rage de vaincre ?
HP : J’ai appris à être un battant. Eric(Jourdan) m’a donné l’envie de gagner, je lui dois la Cocarde d’Or 2003, 2004 c’est ma victoire. En fait, je suis un très mauvais perdant, aujourd’hui j’arrive à relativiser.
Si je gagnais tout maintenant ça ne m’intéresserait plus. Eric, mon complice, veut tourner la page sur la course camarguaise, il en a marre. Je vais essayer de trouver un tourneur à sa hauteur.
MD : Une vie sans taureau...
HP : C’est impensable, inimaginable. Même lorsque je suis très fatigué en piste quand un taureau me plaît je repars... Une semaine sans taureau et je suis en manque !
