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Un Cyclope en Camargue

Première publication : 1er octobre 1
mise en ligne : lundi 27 mai 2002

Oubliée sur la côte méditerranéenne par des navigateurs grecs qui exploraient le monde ,il y a environ deux millénaires, cette créature apparaît encore parfois sur la rive d’un étang, au cœur d’une roselière, parmi les branches ébouriffées d’un bois de tamaris... mais inutile d’essayer de la repérer. Telle un caméléon, elle se fond dans le décor camarguais. Notre Cyclope ne manifeste aucune hostilité. En fait, il n’a pas vraiment de filiation avec la progéniture des dieux de l’Olympe qui jetait des rochers sur Ulysse et ses compagnons. II a un seul oeil, en effet, mais il s’agit d’une lucarne habilement manipulée par un homme grâce à qui la nature prend tout de même des airs mythiques Gilbert LACASSIN, photographe hors du commun, qui nous livre quelques unes de ses impressions, et une part de son talent qui nous invite plus encore à le découvrir. piaf1 Tèrra Nostra  : Gilbert Lacassin, en quoi consiste votre activité ?

Gilbert Lacassin  : Je pratique la photographie, plus exactement la "photographie animalière", comme on dénomme le plus souvent ce type d’activité. Pour être plus précis, je prends essentiellement des photos d’oiseaux en milieu naturel.

Tèrra Nostra  : Comment procédez-vous avez-vous une technique particulière ?

Gilbert Lacassin  : Au delà de l’aspect purement technique de la prise de vue, ma méthode, c’est avant tout la discrétion. D’abord parce que c’est indispensable pour se trouver à proximité d’un animal sauvage, mais surtout parce que je tiens absolument à déranger le moins possible l’environnement où je m’installe.

Tèrra Nostra  : L’environnement où vous vous installez ? c’est à dire ?

Gilbert Lacassin  : Je veux dire par là, que je ne pratique pas la technique de l’approche, souvent employée pour la chasse photographique. Je suis exclusivement un adepte de l’affût. J’ai fabriqué un mini-abri amovible que je dissimule dans un lieu qui me paraît opportun à plusieurs niveaux, exposition, cadre naturel, intérêt ornithologique, et où je sais que ma présence créera le moins de nuisance possible. Je quitte les lieux, et après quelques journées sabbatiques, je m’installe dans mon observatoire, un peu à la façon d’un contorsionniste, avec mon matériel, et muni de mon principal atout : la patience. Je peux alors, étalé sur une saison, m’investir dans un même site pendant des centaines d’heures pour essayer de saisir un instant privilégié, une centième de seconde d’intimité que j’aurais partagé avec tel ou tel oiseau sans même qu’il s’en soit rendu compte. La photo qui en ressort est comme un témoignage, mais le moment reste avant tout gravé dans ma mémoire. piaf2 Tèrra Nostra  : Comment cette passion est-elle née ?

Gilbert Lacassin  : Premièrement, l’utilisation de matériel optique pour l’observation fait partie de mes loisirs favoris. Les microscopes pour découvrir l’infiniment petit, et les télescopes pour l’infiniment grand, m’ont toujours attiré. Naturellement, je me suis retrouvé avec un appareil photo, avec une volonté de quête et surtout d’isolement dans un univers particulier, au plus près de la nature.

Tèrra Nostra  : Avez-vous des astuces "Lacassiennes" ?

Gilbert Lacassin  : Non, rien de particulier, si ce n’est la patience, comme je vous l’ai dit, et la passion. Je n’utilise pas d’engins sophistiqués de type déclencheur automatique, ou appareil commandé à distance. Je tiens tout simplement à vivre les scènes que j’imprègne sur la pellicule. Mon "oeil de Cyclope" est comme une fenêtre ouverte sur la nature et ses habitants qui ont tant de secrets à livrer, pour peu que l’on soit assez réceptif pour en être les spectateurs privilégiés.

Tèrra Nostra  : Vous devez avoir beaucoup d’anecdotes à raconter, avec toutes ces heures passées dans votre affût.

Gilbert Lacassin  : Je me souviens par exemple du jour où une buse s’est posée sur la toile de mon abri. Je sentais ses serres sur ma tête et je n’osais pas bouger. Une autre fois, j’ai vu une échasse blanche qui se trempait le ventre avant d’aller se poser sur son nid, pour humidifier ses neufs, ou encore un râle d’eau qui m’a surpris en jaillissant des flots... et bien d’autres moments qui pourraient paraître anodins, mais, que j’ai vécus avec beaucoup de plaisir et d’émotion.

Tèrra Nostra  : Participez-vous à des expositions ?

Gilbert Lacassin  : Dernièrement, j’ai exposé au Muséum d’Histoire Naturelle de Nîmes, à la salle jean Cazelle de Saint-Gilles, et à la réserve naturelle du Scamandre. Ce mois-ci, je participe à une manifestation artistique et naturaliste, à la Chapelle des jésuites à Nîmes. J’ai actuellement plus de cent photos encadrées en grand format disponibles pour une exposition, mais je me suis remis au travail, car je suis en permanence à la recherche d’un nouveau cliché original. Je me dis que l’on peut toujours mieux faire. J’invite d’ailleurs les lecteurs de la Fé di Biou à me contacter, soit pour présenter l’exposition, soit parce qu’ils ont chez eux des lieux propices à la photographie d’oiseaux. Je pense notamment aux manadiers et aux gestionnaires d’espaces naturels. Une photo d’oiseau prise sur le domaine, accrochée au mur d’une salle peut, au delà de l’aspect esthétique, avoir un répercussion pédagogique. C’est de plus en plus dans ce sens que va ma motivation : montrer des instants de nature, pour donner davantage envie de la sauvegarder.

Propos recueillis par Serge COLOMBAUD

Renseignements au 06 11 82 98 89

LA FE DI BIOU - N’52 - OCTOBRE 2001


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